Vous écrivez un troisième e-mail au service client. Toujours rien. Le vol annulé n’est jamais remboursé, l’hôtel « vue mer » donnait sur un parking, et au bout du fil, une musique d’attente qui tourne en boucle.
À ce stade, beaucoup de voyageurs baissent les bras, persuadés qu’il faudrait un avocat et des mois de procédure pour récupérer leur argent.
La réalité est plus encourageante : il existe un recours gratuit, prévu par la loi, que l’on appelle la saisine du Médiateur Tourisme et Voyage
Dans les lignes qui suivent, vous verrez à quel moment vous y avez droit, comment préparer un dossier que le médiateur ne pourra pas écarter, et ce qui se joue après l’envoi de votre demande.

Votre service client ne répond plus : le bon réflexe avant tout recours
Avant de penser médiation, il faut prouver que vous avez tenté de régler les choses à l’amiable.
Cette trace écrite conditionne la suite de la procédure et change tout pour la recevabilité de votre dossier.
La toute première étape consiste à adresser une réclamation écrite au professionnel concerné, par e-mail ou par courrier recommandé.
Un appel téléphonique ne suffit pas : il ne laisse aucune preuve. Décrivez le problème, vos dates de voyage, les références de réservation et la solution que vous attendez.
C’est ce document qui ouvre la porte à la médiation.
Trois situations vous donnent ensuite le droit de saisir le médiateur :
- le professionnel refuse votre demande par écrit ;
- il reste totalement silencieux passé un délai de 60 jours ;
- il répond, sans apporter de solution satisfaisante.
Dès aujourd’hui, gardez tout : confirmations de réservation, factures, captures d’écran, accusés de réception, échanges avec le service après-vente.
Plus votre historique est complet, plus votre dossier sera traité rapidement. Si vous bloquez sur un transporteur précis, un guide pratique comme comment joindre le service client KLM peut vous aider à trouver le bon canal de réclamation avant de passer à l’étape supérieure.
Le Médiateur Tourisme et Voyage : qui est-il vraiment ?
Comprendre le rôle du médiateur évite bien des déceptions. Il ne s’agit ni d’un juge ni d’un service de plainte express, mais d’un tiers neutre dont la mission tient en un mot : rapprocher deux positions.
Le Médiateur Tourisme et Voyage, souvent abrégé MTV, est une association indépendante financée par les fédérations professionnelles du secteur.
Le consommateur, lui, ne paie rien. Le médiateur examine votre litige à la lumière du droit français et européen, puis propose une solution équitable aux deux parties.
Son champ d’action couvre l’essentiel des galères de voyageurs :
- les compagnies aériennes adhérentes (vol annulé, retard, surbooking, bagage perdu) ;
- les agences de voyages et tour-opérateurs ;
- les hôtels, hébergements et locations ;
- les croisières, transports de voyageurs et plateformes de réservation.
Un point important à garder en tête : l’avis rendu n’a pas de valeur contraignante.
Chaque partie reste libre de l’accepter ou de le refuser.
En pratique, beaucoup de professionnels suivent la position du médiateur pour éviter une procédure judiciaire et préserver leur réputation. L’avis vous donne aussi un argument écrit solide si le dossier devait aller plus loin.
Les conditions à remplir avant de déposer votre saisine
La médiation obéit à des règles précises, et un dossier mal cadré finit classé sans suite.
Voici les critères que le médiateur vérifie avant même d’étudier le fond de votre litige.
Quatre conditions doivent être réunies en même temps :
- La réclamation préalable : vous avez d’abord écrit au professionnel et conservé la preuve de cet envoi.
- Le délai de réponse : un refus, ou un silence d’au moins 60 jours, vous autorise à saisir le médiateur.
- Le délai d’un an : votre demande de médiation doit intervenir dans les douze mois suivant votre réclamation écrite.
- L’adhésion du professionnel : le médiateur n’intervient que si l’entreprise est membre du dispositif MTV.
Avant de vous lancer, vérifiez ce dernier point sur le site officiel, qui propose un outil de recherche des adhérents.
Si l’entreprise n’en fait pas partie, votre dossier sera déclaré irrecevable et vous perdrez du temps. Notez aussi qu’aucune action en justice ni autre médiation ne doit déjà être engagée sur le même litige.
Les motifs de rejet les plus fréquents tiennent souvent à des détails évitables : aucune réclamation préalable écrite, une saisine envoyée trop tôt avant les 60 jours, un dossier incomplet, ou des pièces jointes dont le poids total dépasse la limite acceptée.
Prenez le temps de tout réunir avant de cliquer sur « envoyer ».

Comment déposer votre dossier, étape par étape ?
Une fois vos preuves rassemblées et l’éligibilité vérifiée, la saisine prend quelques minutes.
Deux chemins s’offrent à vous selon que vous préférez le numérique ou le papier.
- La voie en ligne reste la plus rapide. Rendez-vous sur le site officiel de la Médiation Tourisme et Voyage, remplissez le formulaire de saisine en précisant vos coordonnées et la nature du litige, puis téléversez vos justificatifs. La démarche est également accessible via le service dédié sur Service-Public.fr, qui redirige vers le formulaire officiel. Un accusé de réception arrive dans les jours suivants : pensez à vérifier vos spams.
- La voie postale convient à celles et ceux qui préfèrent l’écrit traditionnel. Téléchargez le formulaire, complétez chaque champ et joignez l’ensemble de votre dossier (preuves, échanges avec le professionnel, réservations) à l’adresse suivante :
MTV Médiation Tourisme Voyage
BP 80 303
75823 Paris Cedex 17
Quel que soit le canal choisi, soignez la présentation : un dossier clair, daté et chronologique se traite plus vite.
Reprenez les faits dans l’ordre, chiffrez votre demande quand c’est possible et numérotez vos pièces.
Les litiges aériens méritent une attention particulière en ce moment, car le cadre légal évolue.
Si votre problème concerne un vol, prenez le temps de lire Réforme européenne des droits des passagers : ce qui change : les nouvelles règles modifient les seuils d’indemnisation et l’ordre des démarches à suivre.
Que se passe-t-il une fois votre demande envoyée ?
L’attente est souvent la partie la plus stressante. Connaître le déroulé exact vous évite de relancer inutilement et vous aide à anticiper la suite.
Après réception, le service administratif vérifie la recevabilité de votre demande.
Deux réponses sont possibles : soit le dossier est jugé irrecevable, avec une explication, soit il est accepté et le professionnel est alors invité à présenter sa version et ses pièces.
Le médiateur instruit ensuite l’affaire, principalement par écrit.
Comptez en général jusqu’à 90 jours à partir de la confirmation de recevabilité pour recevoir l’avis.
Ce délai peut s’allonger pour les dossiers complexes, ce qui reste largement plus court qu’une procédure devant un tribunal. À l’issue, chaque partie reçoit la position du médiateur et décide librement de la suivre.
Si la solution proposée vous convient et que le professionnel l’accepte, le litige se clôt à l’amiable.
Dans le cas contraire, vous conservez l’intégralité de vos droits pour engager d’autres démarches.
Cas particulier : un litige avec une compagnie aérienne
Les problèmes de vols obéissent à des règles spécifiques qui se superposent à la médiation classique.
Quelques repères vous éviteront de vous tromper de procédure.
En cas de vol annulé, de retard important ou de refus d’embarquement, le règlement européen 261/2004 prévoit une assistance et, selon les cas, une indemnisation forfaitaire. Vous adressez d’abord votre réclamation à la compagnie.
Sans réponse satisfaisante sous deux mois, le Médiateur Tourisme et Voyage prend le relais, à condition que le transporteur soit adhérent.
Le paysage juridique se durcit pour les compagnies.
Depuis 2026, le passage par la médiation devient un préalable obligatoire avant de saisir le juge pour une indemnisation aérienne.
Autrement dit, votre dossier de médiation n’est plus une simple option : il devient une étape clé de votre parcours d’indemnisation.
Si votre compagnie ne relève pas du dispositif MTV, tournez-vous vers la Direction générale de l’aviation civile ou vers le médiateur européen compétent.

Et si la médiation n’aboutit pas ?
Un avis refusé par le professionnel ne signe pas la fin de l’histoire. Plusieurs recours complémentaires restent à votre disposition pour faire valoir vos droits.
Voici les leviers à connaître :
- SignalConso : la plateforme de la DGCCRF transmet votre signalement à l’entreprise et alimente le ciblage des contrôles. Un professionnel qui accumule les signalements attire l’attention de l’administration.
- Les associations de consommateurs : elles vous accompagnent dans la rédaction d’une mise en demeure ou dans un éventuel recours.
- Le tribunal : en dernier ressort, un litige inférieur à 10 000 euros relève du tribunal de proximité, sans avocat obligatoire.
L’avis du médiateur, même non suivi par le professionnel, devient alors une pièce précieuse : il atteste de votre bonne foi et de vos tentatives de règlement amiable.
Questions fréquentes sur la saisine du MTV
Quelques interrogations reviennent systématiquement chez les voyageurs. Voici des réponses claires pour lever vos derniers doutes avant de vous lancer.
- La saisine est-elle vraiment gratuite ? Oui. La procédure ne coûte rien au consommateur, les frais étant pris en charge par les professionnels adhérents.
- Combien de temps pour une réponse ? Comptez en principe jusqu’à 90 jours après la confirmation de recevabilité, parfois davantage pour les dossiers complexes.
- Que faire si le service client ne répond jamais ? Un silence de 60 jours après votre réclamation écrite suffit à ouvrir votre droit à la médiation.
- Comment savoir si l’entreprise est adhérente ? Le site officiel met à disposition un outil de vérification des membres du dispositif.
- Peut-on saisir le médiateur après le tribunal ? Non. Si une action en justice est engagée, la médiation n’est plus possible sur ce litige.
En résumé
Un service client aux abonnés absents n’est pas une fatalité. La médiation vous offre une seconde chance, gratuite et encadrée, de récupérer ce qui vous est dû.
Retenez les trois réflexes essentiels : écrire d’abord au professionnel et garder la preuve, attendre le délai légal puis vérifier que l’entreprise est adhérente, enfin déposer un dossier complet et bien organisé.
Avec ces bases, vous mettez toutes les chances de votre côté. Avant de commencer, prenez deux minutes pour vérifier votre éligibilité sur le site officiel du Médiateur Tourisme et Voyage.
C’est le point de départ d’une démarche souvent plus simple qu’on ne l’imagine.



